HISTOIRE DE SAINT-GERVAIS

Situé dans le Gard Rhodanien, Saint-Gervais est la porte de la vallée de la Cèze ;
le village est délimité à l’Ouest par le ruisseau de Bazan au pont de la Justice et à l’Est, par le ruisseau de la Font du Loup au pont de Castel.
Les hommes ont occupé les hauteurs environnantes dès le Néolithique (dolmen de Coste-Rigaude-Les Peyrières, mégalithe du bois de Pigeaud, sépulture gauloise de Combe-Belle).
L’oppidum de la Font-du-Loup sur la colline du Haut-Castel est un des sites majeurs du territoire.En 400 av JC, le peuple celte des Volques Arécomiques occupe la région et va se soumettre aux Romains. Ses terres sont intégrées dans la Narbonnaise, créée par Auguste en 96 av JC.La période romaine a laissé ici d’importants vestiges, en particulier ceux de nombreuses villae, immenses domaines d’exploitation agricole (vigne, olivier) autour desquels s’organisent des unités de productions, comme les tuileries du quartier des Malins.

Au Ve siècle les Vandales dévastent la Narbonnaise ; puis les Wisigoths pénètrent dans la vallée de la Cèze. Le pays fera alors partie de la Septimanie.Pépin le Bref chasse les Sarrazins en 752. On lui donne Nîmes et Uzès, qu’il fera administrer par un comte Radulfe. Après Carsan, Bagnols est au Xe siècle le chef-lieu de la viguerie qui va comprendre jusqu’à 25 villes et villages et dont le commerce va prospérer.Les invasions reprennent, Normands en 858, Hongrois en 954 qui ravagent le pays, jusqu’à ce qu’émerge une des plus puissantes familles du Midi, les Athon-Trencavel.
La vicomté de Nîmes est vendue en 1185 à Raymond V, comte de Toulouse, puis en 1258 à saint Louis. En 1279, tout le pays est réuni au Languedoc et Nîmes devient sénéchaussée royale.

Les nombreuses sépultures paléochrétiennes qui ont été retrouvées derrière la Cave des Vignerons témoignent de l’implantation de la nouvelle religion. Et c’est certainement sur les ruines d’un temple païen dédié à Jupiter qu’un premier oratoire chrétien est érigé. Un cimetière qui flanquait l’église au sud se substituerait à la grande nécropole de la Cave.Au XIVe siècle, l’église est placée sous le vocable de Gervais (d’où le nom de notre commune) et Protais, les saints patrons protecteurs du village.
Situé dans un territoire très fréquenté et convoité, Saint-Gervais se protège en s’implantant autour de l’église du XIe siècle et de la maison forte du XIIIe siècle.
Selon l’abbé Goiffon, c’est en 1211 que l’ancien castrum de Fontejano (domaine de Fontezy) fut donné aux évêques d’Uzès par un diplôme du roi de France Philippe Auguste.

A l’installation des papes à Avignon, le roi de France donne en 1316 la coseigneurie de Bagnols et de son territoire au très influent cardinal Napoléon Orsini (francisé en des Ursins) ; à sa mort, ses neveux vendent Bagnols et les fiefs de Saint-Nazaire, Saint-Gervais, Cornillon, Vénéjan et Gicon pour 20 000 florins d’or au frère du pape Hugues Roger cardinal de Tulle. Un an plus tard, Hugues cède l’ensemble à son frère Guillaume, père du futur pape Grégoire XI.

Durant les trêves de la Guerre de Cent Ans, des mercenaires sans ressources, pillent et rançonnent villes et campagnes. En 1360, ils envahissent la viguerie ; le cardinal du Colombier évêque d’Ostie, chargé par le pape Innocent VI d’organiser la résistance à partir de Bagnols, les chasse ; un traité de paix met fin à cet épisode.

Liée à l’impôt sur le sel, excessif, la révolte des Tuchins éclate en 1382 à Saint-Saturnin-du-Port (Pont-St-Esprit) où se trouve le grenier à sel.
Les Tuchins pillent le château d’Aiguèze, et sa réserve de blé, puis ceux de Sabran et de Cornillon, où se trouvait le trésor du pape Clément VI. Son neveu, Guillaume III, vicomte de Turenne, organise une cruelle répression. Ses troupes dirigées par Hélias – dit Gantonnet – d’Abzac, attaquent Cornillon, ravagent les environs et s’emparent de Saint-Gervais et de son église, dans laquelle se sont réfugiés les habitants. Ils y mettent le feu, ainsi qu’à plusieurs maisons du village et arrachent les oreilles d’un forgeron, Jean Maistre, soupçonné de détenir une partie du blé pillé au château d’Aiguèze. Deux habitants sont tués.

Guillaume III fait ensuite intervenir Jean Coq, capitaine des gardes de Bagnols, qui pacifie le pays en expulsant les chefs du Tuchinat et en signant un traité de paix en février 1384.

La même année, lors du dénombrement de la sénéchaussée, le village de Sanctus Gervasius, du diocèse d’Uzès et doyenné de Bagnols, ne se compose que de deux feux (un feu équivaut à 5 personnes). Quelle est la part des révoltes et celles des pestes endémiques dans ce dépeuplement ?

En 1418, la viguerie de Bagnols opte pour le parti Bourguignon dans sa lutte contre les Armagnac. Ces derniers s’en emparent aussitôt et vont en faire des sujets si fidèles qu’on les nommera les raióus (les royalistes). La guerre a ravagé le pays, devenu pauvre et désert. Puis, une fois la paix signée avec l’Angleterre, revient la prospérité. La Cèze est riche en poissons et en pépites d’or. Le baron de Bagnols passe en 1470 un bail avec cinq orpailleurs de Saint-Gervais pour ramasser l’or au quartier de la Lone.

Après l’embellie de la Renaissance, le pays subit des désordres liés aux guerres de religion. En 1621, à Saint-Gervais des religionnaires, « rares cependant » jouent aux cartes sur les autels et tournent en dérision les cérémonies catholiques romaines. Toutefois, la Réforme ne semble pas avoir eu grande prise sur le village. En 1628 la répression s’organise. 7 à 800 soldats royaux traversent Bagnols. En 1632, l’armée de Louis XIII assiège brièvement Bagnols, soupçonnée de soutenir la révolte menée par Henri de Montmorency et Gaston d’Orléans, frère du roi. Louis XIII se rend à Pont le 15 septembre. Quand il repart la population de Bagnols va l’accueillir en se prosternant pour se faire pardonner, en criant miséricorde. Touché, le roi répond :  » je vous pardonne, mais pour vos murailles ne m’en parlez point ».

Aux  xviie et xviiie siècles, l’artisanat textile, l’élevage du vers à soie, la culture de la vigne et de l’olivier sont des secteurs dynamiques de l’économie. On aménage des magnaneries, tandis qu’on plante des mûriers pour nourrir les vers. Mais en 1855 des maladies comme la pébrine, vont mener au déclin de cette activité qui s’éteindra au milieu du XXe siècle.

De 1731 à 1789, des catastrophes climatiques frappent régulièrement le pays, culminant lors de l’exceptionnel hiver de 1788-1789 qui ruine l’agriculture et est sans doute une des causes de la Révolution.
Pour la convocation et la tenue des Etats Généraux, il est établi un cahier de doléances. Le 13 mars 1789 à Saint-Gervais le procès-verbal est rédigé.
En 1793, on supprime du nom des communes toute référence au christianisme. Ainsi Saint-Gervais devient Gervais-lez-Bagnols.
D’après Henri Lombard, la vente des biens nationaux n’a porté que sur de petites surfaces et a été accaparée par les bourgeois de Bagnols.

Au XIXe siècle, de grandes opérations d’aménagements de bâtiments publics sont entamées. On agrandit la cour de la mairie et un projet de nouvel édifice est élaboré en 1855.
En 1876 on crée une école de filles ; en1883, une bibliothèque populaire.
La Mairie fait un emprunt pour la construction du lavoir qui est construit de 1862 à 1865. .
En 1884, on aménage une distribution d’eau à partir des fontaines publiques.
Lors de l’agrandissement de l’église en 1836, deux beaux fragments de sarcophage de marbre blanc sont exhumés du sous-sol au niveau de la première colonne du nord, près du chœur. L’un est aujourd’hui exposé dans le mur sud, à l’extérieur de l’édifice, l’autre, une orante fut placée dans le mur de  l’ancien couvent des sœurs Trinitaires et a disparu en 1963. Au-dessus du fragment de sarcophage, toujours dans le mur sud, une stèle gallo-romaine avec inscription, découverte autrefois dans le couvent des sœurs Trinitaires, vient compléter cette présentation.

De 1891 à 1893, Henri Revoil, architecte des Monuments Historiques, entame de grands travaux de restauration à l’église : construction d’une nouvelle nef, des piliers et des bas-côtés où l’on perce six fenêtres en plein-cintre équipées de vitraux. L’église est consacrée le 13 avril 1893.

En 1883 : Projet de transfèrement d’un nouveau cimetière, éloigné du village, dans l’esprit de l’hygiénisme qui règne à l’époque.
Installation d’un réseau téléphonique.

En 1889 : ouverture d’une carrière de pierre qui sera abandonnée en 1910. La pierre de Saint-Gervais était très appréciée de la corporation des tailleurs de pierre.

En 1923 : la rue du Presbytère reçoit une calade (pavage de galets du Rhône).
Il faut attendre 1930 pour que le village bénéficie d’un éclairage public et 1956 pour que les maisons aient l’eau courante.

©Association Patrimoine de Saint-Gervais

Sources : abbé Béraud, Léon Alègre, Jean Charmasson, Bernard Dedet, Pierre Menjaud